Après la levée du blocage votée à la majorité absolue jeudi midi au cours d’une AG extraordinaire de plus de 2600 participants, bien des incertitudes demeurent sur les modalités de la reprise universitaire caennaise prévue lundi 4 mai. D’autant qu’une nouvelle AG, que les étudiants favorables au blocage ne manqueront pas, aura lieu dès le lendemain.


Bloqueurs : une défaite sans surprise

L’Université de Caen commençait à faire parler d’elle sur le plan national (France-Inter, Le Monde...) mais l’assemblée générale qui s’est tenue jeudi matin dans une halle des sports du campus I bondée s’est prononcée en faveur du retour à la normale. Avec 1443 voix (55 %), étudiants et personnels ont signé la levée du blocage qui paralysaient la vie universitaire depuis douze semaines. Les bloqueurs ont remporté seulement 917 suffrages (35%) mais pourraient ne pas avoir dit leur dernier mot.
Le vote à main levé est venu ponctuer trois longues heures de débats vifs et éclairants sur les divisions internes de la communauté universitaire. Dans une chaleur accablante (plus de 2600 personnes dans le gymnase, c’est de loin la plus grosse AG depuis le début du mouvement), bloqueurs résignés, opposants au blocage mais favorables à la définition d’autres modes de lutte et partisans des réformes LRU ont saisi tour à tour le micro. Quelques minutes avant le lancement de l’AG, Josette Travert, présidente de l’université de Caen nous confiait. " Notre souhait est qu’on puisse reprendre l’enseignement à partir de lundi. (...) Il y a une inégalité devant les conséquences du mouvement, des filières sont plus touchées que d’autres. Plus on tarde, plus c’est problèmatique." A deux pas de la présidente, François Frémont, enseignant chercheur en Sciences. Il tient dans les mains le bilan de la coordination nationale tenue la veille à Paris. " Il y avait 64 universités représentées par 78 délégations. Tout à l’heure, je vais lire une déclaration politique pour réaffirmer l’université libre, laïque car ce gouvernement refuse tout dialogue avec les chercheurs et les étudiants. Il faut savoir que même Georges Molinié, le président de Paris IV, soutient complètement le mouvement. La meilleure solution c’est le dialogue, pas le blocage mais que peut-on faire d’autres pour l’avenir de nos enfants ? A travers le blocage, on crée des discussions et les bloqueurs sont tout autant angoissés que les autres par leur avenir et pour cette raison je les défendrai toujours." Quelques heures plus tard, ayant porté ce message aux oreilles de toute l’assistance, l’enseignant-chercheur annonce fébrilement le début d’une grève de la faim appelant le soutien de médecins et d’autres volontaires prêts à la suivre.


Mais une majorité contre la LRU

Pierre Sineux, vice-président du conseil des études et de la vie universitaire, porte la voix de la présidence et de l’ensemble du conseil universitaire en ouverture de l’AG. "Comme les autres universités, nous avons été mis à mal par une série de réformes sans précédent, par les discours et les méthodes du gouvernement. Aujourd’hui, nous devons réaffirmer nos valeurs : le service public, la solidarité et la qualité. Et ce n’est pas le blocage des bâtiments qui nous fait avancer". A ce moment précis, il est chaudement applaudi. Le vote qui n’interviendra que deux heures et demie plus tard semble déjà scellé. La présidence a appelé à la participation la plus large possible à l’AG (mobilisation en amont sur facebook, fermeture des B.U pendant le rassemblement, annonce en cours d’AG de la prolongation exceptionnelle de l’heure du service au RU pour inciter l’assistance à rester jusqu’aux votes) : il était évident que plus il y aurait de monde, plus les partisans du blocage seraient minoritaires. Pierre Sineux va plus loin : " Ce blocage ne donne aucun débat, aucune réflexion et nous fait perdre la bataille de l’opinion. (...) Il est hors de question d’envoyer dans l’abîme les étudiants, il n’y aura donc pas d’année blanche, pas de validation automatique des diplômes car il faut garantir la qualité des diplômes nationaux et défendre l’attractivité des universités. Un calendrier d’examen a été validé hier, il y a encore une chance, il faut la saisir". Et de conclure : "Il faut trouver les moyens de continuer à se battre et lever le blocage des bâtiments".

 

Le représentant du personnel universitaire non enseignant (IATOSS) adopte une position différente.

" Il est hors de question que nous appelions pour ou contre le blocage. Nous sommes solidaires du mouvement ". Le ton se durcit ensuite dans la bouches des plus farouches opposants aux réformes universitaires. Sacha, étudiant en biologie, dont le discours ne manque ni d’efficacité, ni d’allant, ni d’arguments élargit le débat au processus de Boulogne initié en 1999 et qui, au nom d’un espace européen de l’enseignement supérieur avant 2010, dicte les réformes à l’oeuvre dans l’université française. Brice, étudiant en sociologie, représente l’Unef. " Nous sommes dans une situation de crise à cause de nos responsables. Mais le blocage divise les étudiants ce qui fait le jeu du gouvernement. Nous pouvons reprendre le mouvement de façon unitaire le 1er mai." Suivront d’autres interventions plus passionnées les unes que les autres, les pro-LRU et opposants au blocage, s’avèrent peu disserts et brandissent maladroitement un des arguments les plus polémiques. " La hausse des frais d’inscription à l’Université responsabilisera les étudiants". Dans la foulée, les anti-LRU reprennent le flambeau contre les discours de Valérie Pécresse "qui met la pression en parlant de retenues de salaires à l’encontre du personnel universitaire". Les prises de paroles sont nombreuses à la tribune, tous les avis s’y expriment. Lorsque l’heure du vote vient, le comité de lutte réparti ses étudiants compteurs. Sans suspens : la levée du blocage est adoptée.


Blocage levé mais occupation maintenue

Une majorité d’étudiants quitte le gymnase. Pour elle, c’est la fin du blocage et c’est là l’essentiel. Le comité de lutte prévient alors que l’AG se poursuit et que d’autres votes seront organisés, sans pour autant préciser lesquels. L’AG amaigrit se poursuit et procéde à l’adoption de nouvelles mesures venant limiter l’effet de la levée du blocage adoptée un peu plus tôt. L’occupation des locaux la nuit devrait en effet compliquer le retour à la normale. La nouvelle AG prévue mardi matin à 10 heures peut-elle réserver quelques surprises ? Si celle-ci réunit une majorité d’étudiants bloqueurs (ce qui est fort probable), il est évident que ceux-ci n’auront de peine à obtenir le vote d’un nouveau blocage des bâtiments. On peut donc s’attendre à de nouvelles tensions sur le campus caennais peut-être même bien plus grave que celles qui ont égrainé les précédentes semaines du conflit. La levée du blocage signe peut-être la fin ou la marginalisation du mouvement mais l’opposition à la LRU demeure farouche. Les réformes en cours menées tambour battant et sans visibilité (l’exemple de celle des IUFM et concours d’enseignants est édifiante) creuse irrémédiablement un fossé entre le gouvernement et le monde universitaire. La situation paraît plus que jamais explosive.




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Après la levée du blocage votée à la majorité absolue jeudi midi au cours d’une AG extraordinaire de plus de 2600 participants, bien des incertitudes demeurent sur les modalités de la reprise universitaire caennaise prévue lundi 4 mai. D’autant qu’une nouvelle AG, que les étudiants favorables au blocage ne manqueront pas, aura lieu dès le lendemain.


Bloqueurs : une défaite sans surprise

L’Université de Caen commençait à faire parler d’elle sur le plan national (France-Inter, Le Monde...) mais l’assemblée générale qui s’est tenue jeudi matin dans une halle des sports du campus I bondée s’est prononcée en faveur du retour à la normale. Avec 1443 voix (55 %), étudiants et personnels ont signé la levée du blocage qui paralysaient la vie universitaire depuis douze semaines. Les bloqueurs ont remporté seulement 917 suffrages (35%) mais pourraient ne pas avoir dit leur dernier mot.
Le vote à main levé est venu ponctuer trois longues heures de débats vifs et éclairants sur les divisions internes de la communauté universitaire. Dans une chaleur accablante (plus de 2600 personnes dans le gymnase, c’est de loin la plus grosse AG depuis le début du mouvement), bloqueurs résignés, opposants au blocage mais favorables à la définition d’autres modes de lutte et partisans des réformes LRU ont saisi tour à tour le micro. Quelques minutes avant le lancement de l’AG, Josette Travert, présidente de l’université de Caen nous confiait. " Notre souhait est qu’on puisse reprendre l’enseignement à partir de lundi. (...) Il y a une inégalité devant les conséquences du mouvement, des filières sont plus touchées que d’autres. Plus on tarde, plus c’est problèmatique." A deux pas de la présidente, François Frémont, enseignant chercheur en Sciences. Il tient dans les mains le bilan de la coordination nationale tenue la veille à Paris. " Il y avait 64 universités représentées par 78 délégations. Tout à l’heure, je vais lire une déclaration politique pour réaffirmer l’université libre, laïque car ce gouvernement refuse tout dialogue avec les chercheurs et les étudiants. Il faut savoir que même Georges Molinié, le président de Paris IV, soutient complètement le mouvement. La meilleure solution c’est le dialogue, pas le blocage mais que peut-on faire d’autres pour l’avenir de nos enfants ? A travers le blocage, on crée des discussions et les bloqueurs sont tout autant angoissés que les autres par leur avenir et pour cette raison je les défendrai toujours." Quelques heures plus tard, ayant porté ce message aux oreilles de toute l’assistance, l’enseignant-chercheur annonce fébrilement le début d’une grève de la faim appelant le soutien de médecins et d’autres volontaires prêts à la suivre.


Mais une majorité contre la LRU

Pierre Sineux, vice-président du conseil des études et de la vie universitaire, porte la voix de la présidence et de l’ensemble du conseil universitaire en ouverture de l’AG. "Comme les autres universités, nous avons été mis à mal par une série de réformes sans précédent, par les discours et les méthodes du gouvernement. Aujourd’hui, nous devons réaffirmer nos valeurs : le service public, la solidarité et la qualité. Et ce n’est pas le blocage des bâtiments qui nous fait avancer". A ce moment précis, il est chaudement applaudi. Le vote qui n’interviendra que deux heures et demie plus tard semble déjà scellé. La présidence a appelé à la participation la plus large possible à l’AG (mobilisation en amont sur facebook, fermeture des B.U pendant le rassemblement, annonce en cours d’AG de la prolongation exceptionnelle de l’heure du service au RU pour inciter l’assistance à rester jusqu’aux votes) : il était évident que plus il y aurait de monde, plus les partisans du blocage seraient minoritaires. Pierre Sineux va plus loin : " Ce blocage ne donne aucun débat, aucune réflexion et nous fait perdre la bataille de l’opinion. (...) Il est hors de question d’envoyer dans l’abîme les étudiants, il n’y aura donc pas d’année blanche, pas de validation automatique des diplômes car il faut garantir la qualité des diplômes nationaux et défendre l’attractivité des universités. Un calendrier d’examen a été validé hier, il y a encore une chance, il faut la saisir". Et de conclure : "Il faut trouver les moyens de continuer à se battre et lever le blocage des bâtiments".

 

Le représentant du personnel universitaire non enseignant (IATOSS) adopte une position différente.

" Il est hors de question que nous appelions pour ou contre le blocage. Nous sommes solidaires du mouvement ". Le ton se durcit ensuite dans la bouches des plus farouches opposants aux réformes universitaires. Sacha, étudiant en biologie, dont le discours ne manque ni d’efficacité, ni d’allant, ni d’arguments élargit le débat au processus de Boulogne initié en 1999 et qui, au nom d’un espace européen de l’enseignement supérieur avant 2010, dicte les réformes à l’oeuvre dans l’université française. Brice, étudiant en sociologie, représente l’Unef. " Nous sommes dans une situation de crise à cause de nos responsables. Mais le blocage divise les étudiants ce qui fait le jeu du gouvernement. Nous pouvons reprendre le mouvement de façon unitaire le 1er mai." Suivront d’autres interventions plus passionnées les unes que les autres, les pro-LRU et opposants au blocage, s’avèrent peu disserts et brandissent maladroitement un des arguments les plus polémiques. " La hausse des frais d’inscription à l’Université responsabilisera les étudiants". Dans la foulée, les anti-LRU reprennent le flambeau contre les discours de Valérie Pécresse "qui met la pression en parlant de retenues de salaires à l’encontre du personnel universitaire". Les prises de paroles sont nombreuses à la tribune, tous les avis s’y expriment. Lorsque l’heure du vote vient, le comité de lutte réparti ses étudiants compteurs. Sans suspens : la levée du blocage est adoptée.


Blocage levé mais occupation maintenue

Une majorité d’étudiants quitte le gymnase. Pour elle, c’est la fin du blocage et c’est là l’essentiel. Le comité de lutte prévient alors que l’AG se poursuit et que d’autres votes seront organisés, sans pour autant préciser lesquels. L’AG amaigrit se poursuit et procéde à l’adoption de nouvelles mesures venant limiter l’effet de la levée du blocage adoptée un peu plus tôt. L’occupation des locaux la nuit devrait en effet compliquer le retour à la normale. La nouvelle AG prévue mardi matin à 10 heures peut-elle réserver quelques surprises ? Si celle-ci réunit une majorité d’étudiants bloqueurs (ce qui est fort probable), il est évident que ceux-ci n’auront de peine à obtenir le vote d’un nouveau blocage des bâtiments. On peut donc s’attendre à de nouvelles tensions sur le campus caennais peut-être même bien plus grave que celles qui ont égrainé les précédentes semaines du conflit. La levée du blocage signe peut-être la fin ou la marginalisation du mouvement mais l’opposition à la LRU demeure farouche. Les réformes en cours menées tambour battant et sans visibilité (l’exemple de celle des IUFM et concours d’enseignants est édifiante) creuse irrémédiablement un fossé entre le gouvernement et le monde universitaire. La situation paraît plus que jamais explosive.



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