Marc Rapilly : à la scène comme sur le ring

Admirateur de Mohamed Ali et Floyd Maywether sur les rings, séduit par la verve de Frédéric Dard (San Antonio) et le parlé vrai de Charles Ernest-Lemaître sur scène, Marc Rapilly développe un goût prononcé pour le choc des styles. Le quadragénaire normand est entraîneur de boxe bénévole, comédien amateur et travaille auprès des jeunes comme éducateur. Rencontre.

Pourquoi avoir abandonné la boxe pendant 15 ans ?
À 25 ans, j’ai dû considérer que j’avais tiré de la boxe ce qu’elle devait m’apporter. Et puis je me suis découvert une passion profonde pour le théâtre. J’ai trouvé une autre façon de ressentir des décharges d’adrénalines. Encore plus fortes sur scène que sur les rings. Mais il y a beaucoup de parallèles entre les deux mondes. Chacun vous place sous les projecteurs. Il s’agit alors d’être prêt à donner un beau spectacle. Sans la maîtrise de son texte ou sans les heures d’entraînement, c’est l’échec assuré. Aux jeunes boxeurs que j’entraîne, je demande de s’exprimer, de se et de nous faire plaisir. Le plus important est qu’ils offrent un beau moment... comme à la scène.

Tout est question de style...
La boxe trouve ses lettres de noblesse dans l’art de l’esquive, ce qui de ce point de vue la rapproche de l’escrime. Le principe de la boxe est de toucher sans être touché ce qui oblige à être très mobile. Il est beaucoup plus spectaculaire de chercher à boxer en bougeant comme Mohamed Ali. Plus que la puissance et la violence des coups, le boxeur doit développer son sens de l’observation, sa vigilance et sa réactivité.
“Vole comme un papillon et pique comme une abeille”. C’est un beau résumé de l’esprit dans lequel je veux transmettre la box, c’est d’ailleurs le logo floqué sur le maillot du club. Je préfère quelqu’un qui sait se protéger et touche sans rechercher le K-O. Ce n’est pas la gagne à tout prix, l’idée va bien au-delà de ça.

On n’est pas loin d’une philosophie de vie ?
La boxe est même un concentré de vie, car elle propose de se confronter à une difficulté inconnue : l’Autre. Cette situation engendre une incertitude qui à son tour génère un stress. Il faut alors développer son sens de l’observation et faire preuve d’adaptation. Sur le ring, tu ne peux exister sans l’Autre, il faut jouer franc-jeu. C’est à ce stade de la réflexion qu’on peut commencer à parler de respect de l’adversaire. L’adversaire te fait l’honneur d’être là, il s’est préparé et entraîné pour être à la hauteur et offrir avec toi un beau spectacle. Il y a une dimension éducative dans la fonction d’entraîneur et il est intéressant de travailler sur le sentiment de toute puissance qui habite certains jeunes. Lorsqu’on monte sur le ring, on se confronte à l’Autre mais dans une salle, en mettant les gants et en se battant dans les règles. Boxer n’est pas se bagarrer. Le match nul peut également être le fruit d’un beau combat et laisse envisager la perspective d’une belle revanche. La défaite peut aussi renvoyer du positif lorsqu’elle permet de réfléchir à ce qui est réussi et à ce qu’il faut améliorer. C’est ainsi qu’on accepte de ne pas toujours vaincre et qu’on renonce à ce sentiment de toute-puissance.

Quel champion de boxe illustre selon vous les plus belles qualités de ce sport ?

C’est incontestablement l’Américain Floyd Maywether. Ce fils de boxeur est LA référence. Floyd est le roi de l’anticipation, il est capable de détecter les micros informations chez l’adversaire qui lui permettent d’anticiper et d’esquiver. C’est le champion du retrait du buste, il peut en enchaîner des séries et finir par placer ses coups. Pour ses adversaires, les coups dans le vide sont très usants. Un coup esquivé fait très mal à celui qui le donne. À la fois styliste et puncheur, Floyd est véritablement intouchable.

Et sur scène, quelles émotions recherchez-vous ?

À l’instar du ring, on a le sentiment sur scène de jouer sa vie. Peut-être plus sur la scène que sur le ring d’ailleurs. Je travaille actuellement sur les textes de deux auteurs : Charles-Ernest Lemaître et Frédéric Dard. Le premier a écrit des textes humoristiques en patois qui me donne du fil à retordre du point de vue phonétique. Mais le challenge vaut le coup car beaucoup de personnes éprouvent de la nostalgie par rapport à ce langage. J’aime aussi beaucoup faire rire, c’est une belle émotion à partager. Frédéric Dard, c’est autre chose, on a affaire à de la verve très haute en couleur et en qualité. Ce ne sont pas des textes consensuellement drôles, ils génèrent des émotions multiples. Certaines phrases peuvent, comme en boxe, piquer là où ça fait mal.

1964 - Marc Rapilly naît à Caen.
1982 - Il commence la boxe avec Dominique Piedeleu à la salle de Fleury et poursuit avec Raymond Bernard à la salle des Cheminots (Caen).
1987 - Champion de Normandie et quart de finaliste des Championnats
de France (catégorie lourd).
1989 - Il quitte les rings.
1993 - Il sort diplômé des Cours Florent.
1996 - Il interprète, un amoureux transit ainsi qu’un boxeur danseur dans “Audition”, une pièce de Jean-Pierre Dupuy.
Depuis 2005 : Il a repris la boxe comme entraîneur bénévole au club d’Hérouville-Saint-Clair.



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Marc Rapilly : à la scène comme sur le ring

Admirateur de Mohamed Ali et Floyd Maywether sur les rings, séduit par la verve de Frédéric Dard (San Antonio) et le parlé vrai de Charles Ernest-Lemaître sur scène, Marc Rapilly développe un goût prononcé pour le choc des styles. Le quadragénaire normand est entraîneur de boxe bénévole, comédien amateur et travaille auprès des jeunes comme éducateur. Rencontre.

Pourquoi avoir abandonné la boxe pendant 15 ans ?
À 25 ans, j’ai dû considérer que j’avais tiré de la boxe ce qu’elle devait m’apporter. Et puis je me suis découvert une passion profonde pour le théâtre. J’ai trouvé une autre façon de ressentir des décharges d’adrénalines. Encore plus fortes sur scène que sur les rings. Mais il y a beaucoup de parallèles entre les deux mondes. Chacun vous place sous les projecteurs. Il s’agit alors d’être prêt à donner un beau spectacle. Sans la maîtrise de son texte ou sans les heures d’entraînement, c’est l’échec assuré. Aux jeunes boxeurs que j’entraîne, je demande de s’exprimer, de se et de nous faire plaisir. Le plus important est qu’ils offrent un beau moment... comme à la scène.

Tout est question de style...
La boxe trouve ses lettres de noblesse dans l’art de l’esquive, ce qui de ce point de vue la rapproche de l’escrime. Le principe de la boxe est de toucher sans être touché ce qui oblige à être très mobile. Il est beaucoup plus spectaculaire de chercher à boxer en bougeant comme Mohamed Ali. Plus que la puissance et la violence des coups, le boxeur doit développer son sens de l’observation, sa vigilance et sa réactivité.
“Vole comme un papillon et pique comme une abeille”. C’est un beau résumé de l’esprit dans lequel je veux transmettre la box, c’est d’ailleurs le logo floqué sur le maillot du club. Je préfère quelqu’un qui sait se protéger et touche sans rechercher le K-O. Ce n’est pas la gagne à tout prix, l’idée va bien au-delà de ça.

On n’est pas loin d’une philosophie de vie ?
La boxe est même un concentré de vie, car elle propose de se confronter à une difficulté inconnue : l’Autre. Cette situation engendre une incertitude qui à son tour génère un stress. Il faut alors développer son sens de l’observation et faire preuve d’adaptation. Sur le ring, tu ne peux exister sans l’Autre, il faut jouer franc-jeu. C’est à ce stade de la réflexion qu’on peut commencer à parler de respect de l’adversaire. L’adversaire te fait l’honneur d’être là, il s’est préparé et entraîné pour être à la hauteur et offrir avec toi un beau spectacle. Il y a une dimension éducative dans la fonction d’entraîneur et il est intéressant de travailler sur le sentiment de toute puissance qui habite certains jeunes. Lorsqu’on monte sur le ring, on se confronte à l’Autre mais dans une salle, en mettant les gants et en se battant dans les règles. Boxer n’est pas se bagarrer. Le match nul peut également être le fruit d’un beau combat et laisse envisager la perspective d’une belle revanche. La défaite peut aussi renvoyer du positif lorsqu’elle permet de réfléchir à ce qui est réussi et à ce qu’il faut améliorer. C’est ainsi qu’on accepte de ne pas toujours vaincre et qu’on renonce à ce sentiment de toute-puissance.

Quel champion de boxe illustre selon vous les plus belles qualités de ce sport ?

C’est incontestablement l’Américain Floyd Maywether. Ce fils de boxeur est LA référence. Floyd est le roi de l’anticipation, il est capable de détecter les micros informations chez l’adversaire qui lui permettent d’anticiper et d’esquiver. C’est le champion du retrait du buste, il peut en enchaîner des séries et finir par placer ses coups. Pour ses adversaires, les coups dans le vide sont très usants. Un coup esquivé fait très mal à celui qui le donne. À la fois styliste et puncheur, Floyd est véritablement intouchable.

Et sur scène, quelles émotions recherchez-vous ?

À l’instar du ring, on a le sentiment sur scène de jouer sa vie. Peut-être plus sur la scène que sur le ring d’ailleurs. Je travaille actuellement sur les textes de deux auteurs : Charles-Ernest Lemaître et Frédéric Dard. Le premier a écrit des textes humoristiques en patois qui me donne du fil à retordre du point de vue phonétique. Mais le challenge vaut le coup car beaucoup de personnes éprouvent de la nostalgie par rapport à ce langage. J’aime aussi beaucoup faire rire, c’est une belle émotion à partager. Frédéric Dard, c’est autre chose, on a affaire à de la verve très haute en couleur et en qualité. Ce ne sont pas des textes consensuellement drôles, ils génèrent des émotions multiples. Certaines phrases peuvent, comme en boxe, piquer là où ça fait mal.

1964 - Marc Rapilly naît à Caen.
1982 - Il commence la boxe avec Dominique Piedeleu à la salle de Fleury et poursuit avec Raymond Bernard à la salle des Cheminots (Caen).
1987 - Champion de Normandie et quart de finaliste des Championnats
de France (catégorie lourd).
1989 - Il quitte les rings.
1993 - Il sort diplômé des Cours Florent.
1996 - Il interprète, un amoureux transit ainsi qu’un boxeur danseur dans “Audition”, une pièce de Jean-Pierre Dupuy.
Depuis 2005 : Il a repris la boxe comme entraîneur bénévole au club d’Hérouville-Saint-Clair.


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