L’ancien ministre de l’Éducation Nationale dénonce les réformes scolaires de Xavier Darcos, le mutisme de la gauche et la mollesse des présidents d’université. Il appelle à une large mobilisation le 19 octobre, jour de grève nationale du monde de l’Éducation.

Révolté mais poli. C’est avec une élégance certaine que Jack Lang démonte les réformes de l’actuel ministre de l’Éducation Nationale. « C’est un homme intelligent, cultivé mais qui a réussi à faire avaler ce qui ne pouvait pas être avalé […] Jamais il n’y a eu un tel plan d’appauvrissement de l’Ecole ». Hier, mercredi 1er octobre, il était à l’IUFM de Caen. Près de 200 personnes étaient présentes, dont une grande part de jeunes professeurs en formation. Au cours de cette courte conférence (comme il en accorde un peu partout en France pour répandre les conclusions de « L’École abandonnée. Lettre à Xavier Darcos », son dernier ouvrage paru cet été), l’ancien ministre maniera à plusieurs reprises ce chaud et ce froid, rappelant chaque fois tant la qualité des rapports qu’il entretient avec Xavier Darcos que son opposition farouche à « l’antiréforme » que mène le ministre. La teneur de son discours révèle un fort sentiment d’incompréhension envers le contenu des dernières mesures gouvernementales et de surprise quant au peu de réactions qu’elles suscitent. « La gauche et ses leaders sont totalement muets ! C’est quand même un sujet qui concerne l’histoire de la République ». Quand il évoque la conférence des présidents d’université, très concentrés sur les premiers pas de la L.R.U (loi pour l’autonomie des universités), il parle de mollesse au moment de la signature de la convention sur la réforme des IUFM (Instituts universitaires de la formation des maîtres), celle-là même qui refond totalement la formation des futurs enseignants.

Désengagement. C’est peut-être le mot qui résume le mieux les propos du ministre, en croisade contre les récentes mesures du ministère de l’Éducation Nationale. Sur la réduction du temps de l’école, il rappelle qu’avant d’en arriver à concentrer le temps scolaire sur 4 jours et donc à supprimer mercredis et samedis matin, « il fut un temps où il y avait cours le samedi après-midi ». « L’Ecole française accueille les enfants 140 jours par an quand ailleurs en Europe, on est à 190 jours. C’est une réduction du temps de service public de l’Ecole, c’est renvoyer les enfants à la télévision ». « C’est une hérésie pédagogique […] Où vont être casées les deux heures de soutien pour élèves en difficulté » qui doivent en théorie se substituer aux heures supprimées le samedi. Désengagement aussi sur les contenus d’enseignement. « On réduit les contenus pour un retour aux fondamentaux […] Les nouveaux textes sur l’apprentissage de la lecture et de l’écriture sont faits de phrases verbeuses et creuses du genre : il faut apprendre à lire et à écrire ». Les informations pratiques fournies jusqu’à présent par le ministère ont disparu, « désormais c’est reportez-vous aux manuels. Ce qui signifie que la responsabilité repose sur des éditeurs privés ». Désengagement, une fois de plus, sur la formation des enseignants. « Dans deux ou trois ans, un nouveau maître enseignera sans jamais avoir reçu de formation pratique […] ». C’est, à ce jour, la mesure aux contours les plus flous. La plupart des 31 IUFM de France ont été rattachés aux universités en janvier 2008, les postes des futurs professeurs d’ici la rentrée prochaine se proposeront, non plus aux titulaires d’une licence au minimum (Bac+3) mais aux titulaires d’un master 2 (Bac+5). Mais le point le plus critiqué est la disparition de l’année de stage qui offrait aux candidats reçus aux concours d’enseignement une année de stage partagée entre des heures de formation à la pédagogie (dans les IUFM) et mise en pratique avec un poste allégé de professeur réduit à la prise en charge d’une seule classe soit, le plus souvent, 6 heures de cours hebdomadaires. Cette année de formation serait, a priori, remplacée par des modules pratiques dispensés à l’université. « Est-il acceptable que le seul métier d’État sans aucune formation soi celui de professeur ? Les étudiants de l’Ena, de Polytechnique, les magistrats ont tous une année de stage. » Désengagement enfin concernant le nombre de postes d’enseignants qui chute d’année en année. « C’est l’hécatombe : de 2002 à 2007, 80 000 postes ont disparu. Il y a une baisse de la présence adulte dans les établissements : moins d’assistantes sociales, moins de médecins, de CPE… » alors même que les effectifs des écoles élémentaires et en classe de 6ième augmentent.

Manifester. « Je ne suis pas plus syndicaliste que les syndicalistes, ni corporatiste mais je souhaite beaucoup de présence à la manifestation du 19 octobre ». Reste à voir quel sera le degré de mobilisation des enseignants et des étudiants.

L’École abandonnée. Lettre à Xavier Darcos », éditions Calmann-Lévy. 130 p., 8 €.

 

MERCREDI PROCHAIN : SORTIE DU N°30 DU BOUFFON  : FAUT-IL CHANGER D’ECOLE ?

Pour le trouver  : commandez le sur notre site, abonnez-vous ou achetez le chez votre marchand de journaux (diffusion Calvados). On compte sur vous !




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L’ancien ministre de l’Éducation Nationale dénonce les réformes scolaires de Xavier Darcos, le mutisme de la gauche et la mollesse des présidents d’université. Il appelle à une large mobilisation le 19 octobre, jour de grève nationale du monde de l’Éducation.

Révolté mais poli. C’est avec une élégance certaine que Jack Lang démonte les réformes de l’actuel ministre de l’Éducation Nationale. « C’est un homme intelligent, cultivé mais qui a réussi à faire avaler ce qui ne pouvait pas être avalé […] Jamais il n’y a eu un tel plan d’appauvrissement de l’Ecole ». Hier, mercredi 1er octobre, il était à l’IUFM de Caen. Près de 200 personnes étaient présentes, dont une grande part de jeunes professeurs en formation. Au cours de cette courte conférence (comme il en accorde un peu partout en France pour répandre les conclusions de « L’École abandonnée. Lettre à Xavier Darcos », son dernier ouvrage paru cet été), l’ancien ministre maniera à plusieurs reprises ce chaud et ce froid, rappelant chaque fois tant la qualité des rapports qu’il entretient avec Xavier Darcos que son opposition farouche à « l’antiréforme » que mène le ministre. La teneur de son discours révèle un fort sentiment d’incompréhension envers le contenu des dernières mesures gouvernementales et de surprise quant au peu de réactions qu’elles suscitent. « La gauche et ses leaders sont totalement muets ! C’est quand même un sujet qui concerne l’histoire de la République ». Quand il évoque la conférence des présidents d’université, très concentrés sur les premiers pas de la L.R.U (loi pour l’autonomie des universités), il parle de mollesse au moment de la signature de la convention sur la réforme des IUFM (Instituts universitaires de la formation des maîtres), celle-là même qui refond totalement la formation des futurs enseignants.

Désengagement. C’est peut-être le mot qui résume le mieux les propos du ministre, en croisade contre les récentes mesures du ministère de l’Éducation Nationale. Sur la réduction du temps de l’école, il rappelle qu’avant d’en arriver à concentrer le temps scolaire sur 4 jours et donc à supprimer mercredis et samedis matin, « il fut un temps où il y avait cours le samedi après-midi ». « L’Ecole française accueille les enfants 140 jours par an quand ailleurs en Europe, on est à 190 jours. C’est une réduction du temps de service public de l’Ecole, c’est renvoyer les enfants à la télévision ». « C’est une hérésie pédagogique […] Où vont être casées les deux heures de soutien pour élèves en difficulté » qui doivent en théorie se substituer aux heures supprimées le samedi. Désengagement aussi sur les contenus d’enseignement. « On réduit les contenus pour un retour aux fondamentaux […] Les nouveaux textes sur l’apprentissage de la lecture et de l’écriture sont faits de phrases verbeuses et creuses du genre : il faut apprendre à lire et à écrire ». Les informations pratiques fournies jusqu’à présent par le ministère ont disparu, « désormais c’est reportez-vous aux manuels. Ce qui signifie que la responsabilité repose sur des éditeurs privés ». Désengagement, une fois de plus, sur la formation des enseignants. « Dans deux ou trois ans, un nouveau maître enseignera sans jamais avoir reçu de formation pratique […] ». C’est, à ce jour, la mesure aux contours les plus flous. La plupart des 31 IUFM de France ont été rattachés aux universités en janvier 2008, les postes des futurs professeurs d’ici la rentrée prochaine se proposeront, non plus aux titulaires d’une licence au minimum (Bac+3) mais aux titulaires d’un master 2 (Bac+5). Mais le point le plus critiqué est la disparition de l’année de stage qui offrait aux candidats reçus aux concours d’enseignement une année de stage partagée entre des heures de formation à la pédagogie (dans les IUFM) et mise en pratique avec un poste allégé de professeur réduit à la prise en charge d’une seule classe soit, le plus souvent, 6 heures de cours hebdomadaires. Cette année de formation serait, a priori, remplacée par des modules pratiques dispensés à l’université. « Est-il acceptable que le seul métier d’État sans aucune formation soi celui de professeur ? Les étudiants de l’Ena, de Polytechnique, les magistrats ont tous une année de stage. » Désengagement enfin concernant le nombre de postes d’enseignants qui chute d’année en année. « C’est l’hécatombe : de 2002 à 2007, 80 000 postes ont disparu. Il y a une baisse de la présence adulte dans les établissements : moins d’assistantes sociales, moins de médecins, de CPE… » alors même que les effectifs des écoles élémentaires et en classe de 6ième augmentent.

Manifester. « Je ne suis pas plus syndicaliste que les syndicalistes, ni corporatiste mais je souhaite beaucoup de présence à la manifestation du 19 octobre ». Reste à voir quel sera le degré de mobilisation des enseignants et des étudiants.

L’École abandonnée. Lettre à Xavier Darcos », éditions Calmann-Lévy. 130 p., 8 €.

 

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