Trois doctorants en Sciences Humaines et Sociales à l’Université de Caen, Matthieu, Sébastien et Maxime, nous parlent de leur quotidien de chercheurs encore étudiants. Chacun d’eux a décroché un financement pour sa thèse, mais le système en laisse beaucoup sur la route, souvent récupérés à mi-temps par la grande distribution. La L.R.U parle abondamment d’argent, privé surtout, pour le bien de ses étudiants. Comment ces trois doctorants, passionnés par leurs études, perçoivent-ils l’avenir de l’Université ? Mais avant toute chose, commençons par lever un tabou :

Étudiant de troisième cycle, ça paye ?

En doctorat, on trouve des situations très hétérogènes et inégales. Pour chacun de nous trois, c’est environ 1250 euros par mois. l’un a monté un cofinancement Conseil Régional - Etat en raison de son sujet de thèse, un autre a posé sa candidature à un appel d’offres Le dernier a décroché une bourse de trois ans en présentant son sujet devant un jury universitaire. Ce dernier assure aussi 64 heures de travaux dirigés (TD) par mois. Nous sommes clairement des privilégiés. Nous avons la chance de pouvoir étudier dans de bonnes conditions. En sciences humaines, les étudiants qui n’ont pas de financement peuvent s’inscrire en thèse, au contraire des sciences “dures”. C’est pourquoi, certains doctorants pionnent comme assistant d’éducation (26 heures la semaine), d’autres chargent des palettes dans les hypermarchés. Nous avons même le cas d’un doctorant : six années comme veilleur de nuit avant de décrocher un poste d’un an de chargé de TD. Un autre, ayant terminé son Doctorat depuis quelques années, est actuellement sans poste en dépit d’une reconnaissance nationale et d’une activité de recherche permanente.

Les postes de maître de conférence, le débouché possible des jeunes docteurs, deviennent à ce point inaccessibles ? Avant on pouvait prétendre à ce genre de poste fixe mais aujourd’hui, les renouvellements se font rares. Nous sommes donc asphyxiés et obligés d’aller chercher de l’argent à l’extérieur. Depuis la création de l’Agence Nationale pour la Recherche (ANR qui, au contraire du CNRS appuyé sur un financement récurrent avec un personnel fixe de fonctionnaires, fonctionne sur des appels d’offre envoyés par les ministères), les contrats courts se multiplient. Une part croissante de la recherche se finance en postulant à des appels de 4 ans y compris pour la part salariale. Au fur et à mesure qu’on néglige les moyens du CNRS au profit de l’ANR, tout le monde passe sur des modes de financements précaires types CDD, aussi bien les enseignants chercheurs que le personnel technique (Biatoss). Pour les jeunes chercheurs, c’est désormais la course aux POST-DOC : des contrats bien payés, mais de 24 mois seulement.

Et qu’apporte comme nouvelles perspectives la L.R.U ? Désengagement de l’État, défonctionnarisation contractualisation et précarisation. L’État veut proposer de meilleurs salaires, mais sur des temps courts, arguant que les contrats fixes sont un frein à l’efficacité et à notre mobilité. Tout le monde va être touché. Le principal danger c’est la mise en concurrence des universités, car la logique de cette compétition sera l’embauche de précaires. Il y avait déjà un enseignement supérieur à deux vitesses avec les grandes écoles d’un côté, les universités de l’autre, il y aura dorénavant plusieurs vitesses dans l’université. La L.R.U est la clef de voûte de réformes amorcées dans les années 80 et de celles des prochains mois : bientôt se posera la question de l’avenir du personnel universitaire, puis de la diversité des enseignements au sein de chaque université. Les enseignants chercheurs d’aujourd’hui sont déjà surchargés de tâches administratives (recherche d’appels d’offres, bilans financiers qui finissent par prendre le pas sur les cours et l’objet même de leurs recherches scientifiques). Les enseignants chercheurs sont une spécificité française amenée à s’effacer, derrière un modèle anglo-saxon élitiste où les meilleurs chercheurs publient et les “moins bons” se chargent des cours.

Vous restez donc mobilisés contre la LRU bien que les chances d’abrogation soient faibles ? Nous devons nous battre pour un enseignement supérieur de qualité qui propose transmission des connaissances à tous les étudiants et partout sur le territoire. Cette loi remet en cause la notion de service public et posera à terme des problèmes éthiques en matière de recherche : la culture du résultat immédiat basée sur des CDD de trois ans ne permettra plus de poser de façon aussi pertinente et complexe les problèmes scientifiques.
À ce jour, plusieurs collectifs se sont constitués localement (collectif des personnels, des chercheurs précaires et solidaires) mais il existe également des initiatives nationales telles que Sauvons l’Université et les coordinations nationales qui, espérons-le, réussiront un double pari : celui de la convergence effective étudiants et personnels et de l’Univer-sité/société face à un rapport de force politico médiatique très défavorable en décalage avec les réalités (désinformation, désaffection et dévalorisation de l’Université publique).

Propos recueillis par J.F H.




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Trois doctorants en Sciences Humaines et Sociales à l’Université de Caen, Matthieu, Sébastien et Maxime, nous parlent de leur quotidien de chercheurs encore étudiants. Chacun d’eux a décroché un financement pour sa thèse, mais le système en laisse beaucoup sur la route, souvent récupérés à mi-temps par la grande distribution. La L.R.U parle abondamment d’argent, privé surtout, pour le bien de ses étudiants. Comment ces trois doctorants, passionnés par leurs études, perçoivent-ils l’avenir de l’Université ? Mais avant toute chose, commençons par lever un tabou :

Étudiant de troisième cycle, ça paye ?

En doctorat, on trouve des situations très hétérogènes et inégales. Pour chacun de nous trois, c’est environ 1250 euros par mois. l’un a monté un cofinancement Conseil Régional - Etat en raison de son sujet de thèse, un autre a posé sa candidature à un appel d’offres Le dernier a décroché une bourse de trois ans en présentant son sujet devant un jury universitaire. Ce dernier assure aussi 64 heures de travaux dirigés (TD) par mois. Nous sommes clairement des privilégiés. Nous avons la chance de pouvoir étudier dans de bonnes conditions. En sciences humaines, les étudiants qui n’ont pas de financement peuvent s’inscrire en thèse, au contraire des sciences “dures”. C’est pourquoi, certains doctorants pionnent comme assistant d’éducation (26 heures la semaine), d’autres chargent des palettes dans les hypermarchés. Nous avons même le cas d’un doctorant : six années comme veilleur de nuit avant de décrocher un poste d’un an de chargé de TD. Un autre, ayant terminé son Doctorat depuis quelques années, est actuellement sans poste en dépit d’une reconnaissance nationale et d’une activité de recherche permanente.

Les postes de maître de conférence, le débouché possible des jeunes docteurs, deviennent à ce point inaccessibles ? Avant on pouvait prétendre à ce genre de poste fixe mais aujourd’hui, les renouvellements se font rares. Nous sommes donc asphyxiés et obligés d’aller chercher de l’argent à l’extérieur. Depuis la création de l’Agence Nationale pour la Recherche (ANR qui, au contraire du CNRS appuyé sur un financement récurrent avec un personnel fixe de fonctionnaires, fonctionne sur des appels d’offre envoyés par les ministères), les contrats courts se multiplient. Une part croissante de la recherche se finance en postulant à des appels de 4 ans y compris pour la part salariale. Au fur et à mesure qu’on néglige les moyens du CNRS au profit de l’ANR, tout le monde passe sur des modes de financements précaires types CDD, aussi bien les enseignants chercheurs que le personnel technique (Biatoss). Pour les jeunes chercheurs, c’est désormais la course aux POST-DOC : des contrats bien payés, mais de 24 mois seulement.

Et qu’apporte comme nouvelles perspectives la L.R.U ? Désengagement de l’État, défonctionnarisation contractualisation et précarisation. L’État veut proposer de meilleurs salaires, mais sur des temps courts, arguant que les contrats fixes sont un frein à l’efficacité et à notre mobilité. Tout le monde va être touché. Le principal danger c’est la mise en concurrence des universités, car la logique de cette compétition sera l’embauche de précaires. Il y avait déjà un enseignement supérieur à deux vitesses avec les grandes écoles d’un côté, les universités de l’autre, il y aura dorénavant plusieurs vitesses dans l’université. La L.R.U est la clef de voûte de réformes amorcées dans les années 80 et de celles des prochains mois : bientôt se posera la question de l’avenir du personnel universitaire, puis de la diversité des enseignements au sein de chaque université. Les enseignants chercheurs d’aujourd’hui sont déjà surchargés de tâches administratives (recherche d’appels d’offres, bilans financiers qui finissent par prendre le pas sur les cours et l’objet même de leurs recherches scientifiques). Les enseignants chercheurs sont une spécificité française amenée à s’effacer, derrière un modèle anglo-saxon élitiste où les meilleurs chercheurs publient et les “moins bons” se chargent des cours.

Vous restez donc mobilisés contre la LRU bien que les chances d’abrogation soient faibles ? Nous devons nous battre pour un enseignement supérieur de qualité qui propose transmission des connaissances à tous les étudiants et partout sur le territoire. Cette loi remet en cause la notion de service public et posera à terme des problèmes éthiques en matière de recherche : la culture du résultat immédiat basée sur des CDD de trois ans ne permettra plus de poser de façon aussi pertinente et complexe les problèmes scientifiques.
À ce jour, plusieurs collectifs se sont constitués localement (collectif des personnels, des chercheurs précaires et solidaires) mais il existe également des initiatives nationales telles que Sauvons l’Université et les coordinations nationales qui, espérons-le, réussiront un double pari : celui de la convergence effective étudiants et personnels et de l’Univer-sité/société face à un rapport de force politico médiatique très défavorable en décalage avec les réalités (désinformation, désaffection et dévalorisation de l’Université publique).

Propos recueillis par J.F H.



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