François Frémont, enseignant-chercheur en sciences à l’université de Caen, a mis un terme jeudi 7 mai au matin à une semaine de grève de la faim sur le campus 2. Déterminé mais tranquille, le professeur de 52 ans reste farouchement opposé à la réforme actuelle de l’université. Le Bouffon l’a rencontré mercredi, quelques heures avant sa dernière nuit sur place, au beau milieu d’un campus qui ne connaît pas le blocage (à la différence du campus 1 où se déroulent l’ensemble des AG).

 

A quel moment vous êtes vous décidé à vous lancer dans une grève de la faim ?
Je me suis décidé 10 mn avant ma déclaration à la tribune. Pendant la grève du CPE, j’étais un des seuls enseignants à soutenir les étudiants. J’avais à l’époque parlé d’une grève de la faim mais on m’en a dissuadé et l’idée est tombée dans l’oubli. Avec ce nouveau mouvement de 12 semaines contre la L.R.U, j’étais de plus en plus en colère. Surtout de voir des étudiants qui subventionnent leurs études en bossant 25 heures par semaine et qui de temps en temps viennent en cour, alors que ça devrait être l’inverse. Des situations comme celles-là me paraissent aberrantes. Une semaine avant l’AG du 30 avril je me suis porté volontaire pour me rendre à la coordination nationale des universités. Et puis le jour même, à force d’entendre les différents intervenants, je ne voyais plus d’autres moyens. J’avais la tête dans les mains. Je me suis alors décidé à faire un appel à la grève de la faim.

 

Vous a-t-on tout de suite soutenu ?
Je suis parti en pleurant. Mais j’ai eu peur qu’on me dise "arrête ton cinéma" et qu’on me taxent de démagogie.La présidente (NDLR. Josette Travert) a été sympa car elle a demandé à la présidente de l’UFR Staps de m’accompagner pendant ce moment de trouble. Dès que je suis sorti, des étudiants commençaient déjà à m’encourager. Je savais que ma décision était irréversible. Le médecin de l’université m’a dit de renoncer ainsi que ma fille de 13 ans, par téléphone, qui ne comprenait pas ma décision. Après une phase de doute, je me suis finalement senti très déterminé et ma famille est venue m’aider à monter les tentes sur le campus 2. Une dizaine d’étudiants a affiché un très fort soutien. Je tiens tout particulièrement à remercier Domitille, Aurélie, Davis et Roman qui ont campé avec moi.

 

Comment avez-vous vécu cette semaine ?
Petit à petit, les diverses rencontres que j’ai faite m’ont aidé à définir et affiner mon objectif. Au final, je me suis dis que je pouvais être un relais parmi d’autre dans ce mouvement et qu’il fallait des actions un peu hors norme pour relancer une dynamique. Je ne suis ni syndiqué, ni d’un parti je suis un prof comme beaucoup d’autres et j’ai l’habitude de m’exprimer quand je constate des injustices.

 

Quelles sont vos plus fortes revendications ?
Le gouvernement actuel mine complètement l’éducation et l’université. En fait, je suis pour l’autonomie des universités mais pas dans les conditions qu’on nous l’impose. Dans le mot université, il y a le mot universel donc oui aux pôles d’excellence mais seulement si on maintient les financements nécessaires au fonctionnement des autres universités. Que vont demander les entreprises et les fondations qui vont apporter leur financement à l’université ? Ne vont-ils pas laisser périr certaines branches d’études ? L’université n’est pas une école d’apprentissage mais une école de développement.

 

En ayant poursuivi votre enseignement durant votre grève de la faim, ne vous sentez-vous pas en porte-à-faux avec les décisions des AG étudiantes qui ont voté la suspension des cours et le blocage des bâtiments ?
Tous les étudiants peuvent venir discuter avec moi. J’ai permis des prises de parole aux étudiants bloqueurs de STAPS sur une demie-heure de cours. Ces discussions sur le mouvement sont essentielles et tout cela demande du temps.

 

Demain jeudi, à 10 heures, vous mettrez un terme à votre grève de la faim ? Pourquoi ne pas avoir cherché à aller au-delà ?J’ai fait ma part et je dois retrouver une vie normale. Mais je serai toujours auprès des étudiants et j’y tiens fermement.

 Légende. François Frémont au centre accompagné de quatre étudiants en licence de physique-chimie : Morgane, Kevin, Nadège et Victor

 

 

 




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François Frémont, enseignant-chercheur en sciences à l’université de Caen, a mis un terme jeudi 7 mai au matin à une semaine de grève de la faim sur le campus 2. Déterminé mais tranquille, le professeur de 52 ans reste farouchement opposé à la réforme actuelle de l’université. Le Bouffon l’a rencontré mercredi, quelques heures avant sa dernière nuit sur place, au beau milieu d’un campus qui ne connaît pas le blocage (à la différence du campus 1 où se déroulent l’ensemble des AG).

 

A quel moment vous êtes vous décidé à vous lancer dans une grève de la faim ?
Je me suis décidé 10 mn avant ma déclaration à la tribune. Pendant la grève du CPE, j’étais un des seuls enseignants à soutenir les étudiants. J’avais à l’époque parlé d’une grève de la faim mais on m’en a dissuadé et l’idée est tombée dans l’oubli. Avec ce nouveau mouvement de 12 semaines contre la L.R.U, j’étais de plus en plus en colère. Surtout de voir des étudiants qui subventionnent leurs études en bossant 25 heures par semaine et qui de temps en temps viennent en cour, alors que ça devrait être l’inverse. Des situations comme celles-là me paraissent aberrantes. Une semaine avant l’AG du 30 avril je me suis porté volontaire pour me rendre à la coordination nationale des universités. Et puis le jour même, à force d’entendre les différents intervenants, je ne voyais plus d’autres moyens. J’avais la tête dans les mains. Je me suis alors décidé à faire un appel à la grève de la faim.

 

Vous a-t-on tout de suite soutenu ?
Je suis parti en pleurant. Mais j’ai eu peur qu’on me dise "arrête ton cinéma" et qu’on me taxent de démagogie.La présidente (NDLR. Josette Travert) a été sympa car elle a demandé à la présidente de l’UFR Staps de m’accompagner pendant ce moment de trouble. Dès que je suis sorti, des étudiants commençaient déjà à m’encourager. Je savais que ma décision était irréversible. Le médecin de l’université m’a dit de renoncer ainsi que ma fille de 13 ans, par téléphone, qui ne comprenait pas ma décision. Après une phase de doute, je me suis finalement senti très déterminé et ma famille est venue m’aider à monter les tentes sur le campus 2. Une dizaine d’étudiants a affiché un très fort soutien. Je tiens tout particulièrement à remercier Domitille, Aurélie, Davis et Roman qui ont campé avec moi.

 

Comment avez-vous vécu cette semaine ?
Petit à petit, les diverses rencontres que j’ai faite m’ont aidé à définir et affiner mon objectif. Au final, je me suis dis que je pouvais être un relais parmi d’autre dans ce mouvement et qu’il fallait des actions un peu hors norme pour relancer une dynamique. Je ne suis ni syndiqué, ni d’un parti je suis un prof comme beaucoup d’autres et j’ai l’habitude de m’exprimer quand je constate des injustices.

 

Quelles sont vos plus fortes revendications ?
Le gouvernement actuel mine complètement l’éducation et l’université. En fait, je suis pour l’autonomie des universités mais pas dans les conditions qu’on nous l’impose. Dans le mot université, il y a le mot universel donc oui aux pôles d’excellence mais seulement si on maintient les financements nécessaires au fonctionnement des autres universités. Que vont demander les entreprises et les fondations qui vont apporter leur financement à l’université ? Ne vont-ils pas laisser périr certaines branches d’études ? L’université n’est pas une école d’apprentissage mais une école de développement.

 

En ayant poursuivi votre enseignement durant votre grève de la faim, ne vous sentez-vous pas en porte-à-faux avec les décisions des AG étudiantes qui ont voté la suspension des cours et le blocage des bâtiments ?
Tous les étudiants peuvent venir discuter avec moi. J’ai permis des prises de parole aux étudiants bloqueurs de STAPS sur une demie-heure de cours. Ces discussions sur le mouvement sont essentielles et tout cela demande du temps.

 

Demain jeudi, à 10 heures, vous mettrez un terme à votre grève de la faim ? Pourquoi ne pas avoir cherché à aller au-delà ?J’ai fait ma part et je dois retrouver une vie normale. Mais je serai toujours auprès des étudiants et j’y tiens fermement.

 Légende. François Frémont au centre accompagné de quatre étudiants en licence de physique-chimie : Morgane, Kevin, Nadège et Victor

 

 

 



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