Au moment où s’écrivent ces lignes, il est 13 h en France ; ici à Condoto, en Colombie, il est 7h du matin. Cela est l’un des nombreux décalages qui rendent notre présence ici à la fois extraordinaire et ô combien enrichissante. Ce n’est pas l’or des mines intensivement exploitées au prix d’un lourd tribut payé cash par la nature exubérante qui constitue une richesse pour le plus grand nombre de la population. Celle-ci pourrait se définir comme étant l’une des plus pauvres du pays. Ici, l’exploitation de l’or et de l’argent fait rage, au motif d’une valeur élevée fixée par l’arbitraire humain se fondant notamment sur la rareté et une qualité intrinsèque de résistance à la chaleur (en dépit de certains tests effectués en direct par des savants fous tels que le regretté Professeur Serge Gainsbourg**) : l’argent est plus résistant que l’or aux effets de la chaleur. Cette même qualité a permis à la Nasa de s’approvisionner régulièrement ici. Comme d’habitude, les premiers concernés ne sont pas les premiers bénéficiaires d’un tel système. Que ce soit la population qui vit ou survit ici ou bien la Nature qui les environne, celles-ci sont sacrifiées à la lucrative activité d’exploitation de l’or et de l’argent. Seul l’être humain est assez doué pour créer des situations aussi injustement paradoxales et aussi peu fatalement injustes.
Si nous nous extasions des performances spatiales produites par les pays riches, peu de gens viennent ici, dans le Choco, à la rencontre de cette population qui a surmonté tant de difficultés et qui s’est constituée à partir des Indiens qui vivaient à l’origine ici et des descendants d’esclaves venus d’Afrique Mandingue qui se sont enfuis de Carthagène. De cela, nous n’avons entendu que trop peu, sur l’impérieuse nécessité que les blancs et leurs auxiliaires auraient à réparer ce crime. Pour autant, tant que ce fait n’aura pas fait l’objet d’une reconnaissance en responsabilité ainsi que de dédommagements matériels et immatériels aux descendants des victimes pour ce commerce triangulaire que même un théorème de Thalès ne pourrait justifier, le malaise qui pèse de part et d’autre dans les relations aura le goût amer de la perpétuité.
Ici, à Condoto dans le Choco, l’Afrique en fuite a construit un pays qui ressemble comme deux (mille) gouttes d’eau (il pleut énormément ici) à celui de ses ancêtres. Les élections législatives et sénatoriales viennent de se dérouler dans un climat extrêmement tendu entre le gouvernement du président Uribe et les Farc ; ceux-ci ont déclenché une action que les gens ici appellent "El Paro" (l’arrêt, le blocus) et nous commençons à manquer de tout (riz, sucre, essence...). Le parti du président Uribe est arrivé en tête... pour une participation culminant à 30%. La population et la démocratie font les frais de cette situation.
Une solidarité exemplaire unit les gens de la communauté qu’en France nous pourrions contempler avec peut-être une certaine nostalgie. Ici, la solidarité c’est tous les jours, car elle façonne la cohésion sociale sans qu’elle ne fasse l’objet d’un plan. II y a ici beaucoup à faire et nous sommes fiers de pouvoir contribuer humblement à l’amélioration des conditions de vie des jeunes du foyer rural de Condoto. Il est important de ne pas s’arrêter en si bon chemin. Nous avons reçu en échange de quoi lutter avec plus d’énergie encore contre les exclusions chez nous. Hasta Pronto.

YVES GARDET Directeur des Chemins de Traverses

*Con Todos : en français "avec tout le monde, avec tous"
**Allusion à la profanation provocatrice du sacré effectuée sur un plateau de télévision français
par le poète-chanteur Serge Gainsbourg au cours de laquelle celui-ci a immolé
par la flamme de son briquet un billet de cinq cents francs à l’époque.



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Au moment où s’écrivent ces lignes, il est 13 h en France ; ici à Condoto, en Colombie, il est 7h du matin. Cela est l’un des nombreux décalages qui rendent notre présence ici à la fois extraordinaire et ô combien enrichissante. Ce n’est pas l’or des mines intensivement exploitées au prix d’un lourd tribut payé cash par la nature exubérante qui constitue une richesse pour le plus grand nombre de la population. Celle-ci pourrait se définir comme étant l’une des plus pauvres du pays. Ici, l’exploitation de l’or et de l’argent fait rage, au motif d’une valeur élevée fixée par l’arbitraire humain se fondant notamment sur la rareté et une qualité intrinsèque de résistance à la chaleur (en dépit de certains tests effectués en direct par des savants fous tels que le regretté Professeur Serge Gainsbourg**) : l’argent est plus résistant que l’or aux effets de la chaleur. Cette même qualité a permis à la Nasa de s’approvisionner régulièrement ici. Comme d’habitude, les premiers concernés ne sont pas les premiers bénéficiaires d’un tel système. Que ce soit la population qui vit ou survit ici ou bien la Nature qui les environne, celles-ci sont sacrifiées à la lucrative activité d’exploitation de l’or et de l’argent. Seul l’être humain est assez doué pour créer des situations aussi injustement paradoxales et aussi peu fatalement injustes.
Si nous nous extasions des performances spatiales produites par les pays riches, peu de gens viennent ici, dans le Choco, à la rencontre de cette population qui a surmonté tant de difficultés et qui s’est constituée à partir des Indiens qui vivaient à l’origine ici et des descendants d’esclaves venus d’Afrique Mandingue qui se sont enfuis de Carthagène. De cela, nous n’avons entendu que trop peu, sur l’impérieuse nécessité que les blancs et leurs auxiliaires auraient à réparer ce crime. Pour autant, tant que ce fait n’aura pas fait l’objet d’une reconnaissance en responsabilité ainsi que de dédommagements matériels et immatériels aux descendants des victimes pour ce commerce triangulaire que même un théorème de Thalès ne pourrait justifier, le malaise qui pèse de part et d’autre dans les relations aura le goût amer de la perpétuité.
Ici, à Condoto dans le Choco, l’Afrique en fuite a construit un pays qui ressemble comme deux (mille) gouttes d’eau (il pleut énormément ici) à celui de ses ancêtres. Les élections législatives et sénatoriales viennent de se dérouler dans un climat extrêmement tendu entre le gouvernement du président Uribe et les Farc ; ceux-ci ont déclenché une action que les gens ici appellent "El Paro" (l’arrêt, le blocus) et nous commençons à manquer de tout (riz, sucre, essence...). Le parti du président Uribe est arrivé en tête... pour une participation culminant à 30%. La population et la démocratie font les frais de cette situation.
Une solidarité exemplaire unit les gens de la communauté qu’en France nous pourrions contempler avec peut-être une certaine nostalgie. Ici, la solidarité c’est tous les jours, car elle façonne la cohésion sociale sans qu’elle ne fasse l’objet d’un plan. II y a ici beaucoup à faire et nous sommes fiers de pouvoir contribuer humblement à l’amélioration des conditions de vie des jeunes du foyer rural de Condoto. Il est important de ne pas s’arrêter en si bon chemin. Nous avons reçu en échange de quoi lutter avec plus d’énergie encore contre les exclusions chez nous. Hasta Pronto.

YVES GARDET Directeur des Chemins de Traverses

*Con Todos : en français "avec tout le monde, avec tous"
**Allusion à la profanation provocatrice du sacré effectuée sur un plateau de télévision français
par le poète-chanteur Serge Gainsbourg au cours de laquelle celui-ci a immolé
par la flamme de son briquet un billet de cinq cents francs à l’époque.


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