La question du jour : par quel bout de la lorgnette faut-il donc voir et appréhender l’info ?

Par le gros, celui qui trimballe sa cohorte de sujets bateaux : les pêcheurs et leurs problèmes, les agriculteurs et leurs problèmes, les routiers et leurs problèmes, Sarkozy et son problème ? Ou bien par le petit, celui qui par exemple nous fait découvrir toute la splendeur d’un semi dégénéré que les radars insupportent ? Grave question.

Je suis malgré tout assez tenté de couper la poire en deux et d’utiliser la lorgnette par ses deux bouts. Belle partie de yoyo en perspective. Ainsi le mercredi 28 mai, Le Figaro l’affirme : " Gomis et Mandonda en seront ". Traduisez par : " Ces deux joueurs feront bien partie des 23 qui iront défendre les couleurs de la France à l’Euro 2008". Par contre, exit Michaël Landreau, le malheureux gardien du PSG, Djibril Cissé et Mexes. Mexes dont on sait tout l’amour que lui porte Domenech ; la réciproque est vraie. Après la lecture du Figaro, ou d’un autre journal d’ailleurs, quoi de plus reposant que d’écouter la radio ? Europe 1 par exemple, qui ce même mercredi 28 mai à 23 heures nous annonce : " Les époux Fourniret condamnés à la perpétuité, avec peine incompressible pour Michel...les familles des victimes vont enfin pouvoir commencer leur travail de deuil ". Vous avez bien entendu compris que nous utilisons là le gros bout de la lorgnette, le trés gros dirais-je même ; mais hélas par temps couvert, il y a de l’humidité sur la lentille. La plupart des familles ayant perdu un enfant, victime de viol suivi de meurtre et dont on a pas retrouvé le coupable, seront probablement soulagées d’apprendre que l’arrestation et la condamnation du meurtrier leur permettra enfin de " commencer leur travail de deuil ". En attendant ils pourront toujours continuer à faire la java, car ce n’est pas la mort de l’être cher qui est importante mais bien la condamnation du violeur-meurtrier. C’est un point de vue. Cela dit il serait peut-être bon que de temps à autres, les formules passe-partout, les poncifs, les lieux communs, soient un peu moins systématiquement employés dans le langage journalistique.

Glissons jusqu’au lendemain, le jeudi 29, avec Libé, qui n’est guère un adepte de la formule toute faite, et nous livre un magnifique tableau de maître représentant la bêtise humaine dans sa quasi intégralité : " L’artificier anti-radar pris à son piège ". Le mystère des attentats contre les détecteurs de vitesse est sans doute résolu. Hier un postier de Nanterre ( Frédéric R.) s’est grièvement blessé avec la bombe qu’il manipulait. Rien d’extraordinaire à cela, le fait est assez courant ; ce qui l’est moins par contre, outre la découverte chez lui de différentes armes à feu ou blanche, c’est le résultat d’ une " fouille " approfondie : des DVD sur la Seconde Guerre Mondiale, un livre sur la vie de Lénine, et un exemplaire de Mein Kampf, le hit d’ Adolf Hitler. Mais également un communiqué à en-tête d’une étoile blanche avec une Kalachnikov et le sigle de la Fnar. Le texte, selon " une source proche de l’enquête ", n’est pas trés structuré. Le ou les auteur(s) explique(nt) que Fnar ne signifie plus " Front anti-radars ", mais " Fraction nationaliste armée révolutionnaire ". El là c’est le grand fourre-tout : il y est question d’une " guérilla contre les radars, symboles d’une répression forcenée, et d’une fallacieuse politique de sécurité routiére ". Trés en verve, l’auteur parle de " choisir des cibles plus dangereuses pour les personnes et d’utiliser des appareils aux capacités plus vulnérantes ". Puis la Fnar réclame la baisse de la fiscalité, le contrôle étatique sur les produits de première nécessité et sur les loyers, le pouvoir du gouvernement sur le patronat et non l’inverse (là, il n’a peut-être pas tout à fait tort), et l’arrêt total de l’immigration et de tous les clandestins. " Nous ne sommes pas racistes, mais nous pensons que la France doit garder sa culture Celte ainsi que sa prédominance religieuse ". Il y a donc manifestement des terroristes auquels on ne peut absolument pas faire confiance. Etant moi-même un ancien activiste du terrorisme, il m’arrive encore parfois, de temps à autres, d’écouter une radio particulièrement subversive et engagée ; vous l’aurez toutes et tous compris, il s’agit bien évidemment de Radio-Nostalgie  : dimanche 1er juin : " Si le jeune garçon retrouvé flottant sur le lac d’Apremont (Vendée) n’a pas été réclamé par sa mère, c’est probablement parcequ’elle a été découverte morte à son domicile ". Etonnant non ? Et le lundi 2 juin, je ne sais pourquoi, l’envie me gagne de parcourir Le Parisien. Heureuse initiative, car un des titres est particulièrement alléchant : " L’actrice Tatum O’Neal arrêtée en train d’acheter de la drogue ". Mais au fait me demanderez vous perfidement : " Qui est donc cette Tatum O’Neal que vous semblez tant apprécier ? Bonne question. Tout simplement la fille de Ryan O’Neal (Love story - Barry Lindon) et l’ex-femme du champion de tennis John Mc-Enroe. Ça tombe bien nous sommes en plein Roland-Garros. Bref en la fouillant, les polciers ont découvert de la cocaïne, une pipe à crack, et bien-sûr du crack. Pas de soucis pour elle, vu l’état de son compte en banque, elle ne risque pas... le crack boursier. Facile, d’accord, mais j’aime bien.

Et puisque pour finir les actrices semblent vouloir se distinguer, en voilà une qui poursuit dans le subtil et le délicat, l’incontournable B.B ( Brigitte Barjot). C’est France-Bleue, qui avec toute la vénération dûe à la star, nous compte sa derniére et triste bévue : " Nouvelle condamnation de Brigitte Bardot pour propos racistes ". C’est en effet la cinquième fois en 11 ans que l’ex actrice est condamnée pour incitation à la haine raciale. Elle a cette fois-ci été condamnée (15 000 € d’amende) pour une lettre écrite en 2006 à Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur. Par le biais de cette lettre elle demandait que les moutons tués lors de l’Aïd El-Kébir soient étourdis avant d’être saignés, puis ajoutait un post-scriptum : " Il y en a marre d’être menés par le bout du nez par toute cette population qui nous détruit, détruit notre pays en imposant ses actes ". Dont acte, justement.
Pas toujours facile de vieillir, n’est-ce pas ? Je fais bien-entendu allusion au vieillissement intellectuel.




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La question du jour : par quel bout de la lorgnette faut-il donc voir et appréhender l’info ?

Par le gros, celui qui trimballe sa cohorte de sujets bateaux : les pêcheurs et leurs problèmes, les agriculteurs et leurs problèmes, les routiers et leurs problèmes, Sarkozy et son problème ? Ou bien par le petit, celui qui par exemple nous fait découvrir toute la splendeur d’un semi dégénéré que les radars insupportent ? Grave question.

Je suis malgré tout assez tenté de couper la poire en deux et d’utiliser la lorgnette par ses deux bouts. Belle partie de yoyo en perspective. Ainsi le mercredi 28 mai, Le Figaro l’affirme : " Gomis et Mandonda en seront ". Traduisez par : " Ces deux joueurs feront bien partie des 23 qui iront défendre les couleurs de la France à l’Euro 2008". Par contre, exit Michaël Landreau, le malheureux gardien du PSG, Djibril Cissé et Mexes. Mexes dont on sait tout l’amour que lui porte Domenech ; la réciproque est vraie. Après la lecture du Figaro, ou d’un autre journal d’ailleurs, quoi de plus reposant que d’écouter la radio ? Europe 1 par exemple, qui ce même mercredi 28 mai à 23 heures nous annonce : " Les époux Fourniret condamnés à la perpétuité, avec peine incompressible pour Michel...les familles des victimes vont enfin pouvoir commencer leur travail de deuil ". Vous avez bien entendu compris que nous utilisons là le gros bout de la lorgnette, le trés gros dirais-je même ; mais hélas par temps couvert, il y a de l’humidité sur la lentille. La plupart des familles ayant perdu un enfant, victime de viol suivi de meurtre et dont on a pas retrouvé le coupable, seront probablement soulagées d’apprendre que l’arrestation et la condamnation du meurtrier leur permettra enfin de " commencer leur travail de deuil ". En attendant ils pourront toujours continuer à faire la java, car ce n’est pas la mort de l’être cher qui est importante mais bien la condamnation du violeur-meurtrier. C’est un point de vue. Cela dit il serait peut-être bon que de temps à autres, les formules passe-partout, les poncifs, les lieux communs, soient un peu moins systématiquement employés dans le langage journalistique.

Glissons jusqu’au lendemain, le jeudi 29, avec Libé, qui n’est guère un adepte de la formule toute faite, et nous livre un magnifique tableau de maître représentant la bêtise humaine dans sa quasi intégralité : " L’artificier anti-radar pris à son piège ". Le mystère des attentats contre les détecteurs de vitesse est sans doute résolu. Hier un postier de Nanterre ( Frédéric R.) s’est grièvement blessé avec la bombe qu’il manipulait. Rien d’extraordinaire à cela, le fait est assez courant ; ce qui l’est moins par contre, outre la découverte chez lui de différentes armes à feu ou blanche, c’est le résultat d’ une " fouille " approfondie : des DVD sur la Seconde Guerre Mondiale, un livre sur la vie de Lénine, et un exemplaire de Mein Kampf, le hit d’ Adolf Hitler. Mais également un communiqué à en-tête d’une étoile blanche avec une Kalachnikov et le sigle de la Fnar. Le texte, selon " une source proche de l’enquête ", n’est pas trés structuré. Le ou les auteur(s) explique(nt) que Fnar ne signifie plus " Front anti-radars ", mais " Fraction nationaliste armée révolutionnaire ". El là c’est le grand fourre-tout : il y est question d’une " guérilla contre les radars, symboles d’une répression forcenée, et d’une fallacieuse politique de sécurité routiére ". Trés en verve, l’auteur parle de " choisir des cibles plus dangereuses pour les personnes et d’utiliser des appareils aux capacités plus vulnérantes ". Puis la Fnar réclame la baisse de la fiscalité, le contrôle étatique sur les produits de première nécessité et sur les loyers, le pouvoir du gouvernement sur le patronat et non l’inverse (là, il n’a peut-être pas tout à fait tort), et l’arrêt total de l’immigration et de tous les clandestins. " Nous ne sommes pas racistes, mais nous pensons que la France doit garder sa culture Celte ainsi que sa prédominance religieuse ". Il y a donc manifestement des terroristes auquels on ne peut absolument pas faire confiance. Etant moi-même un ancien activiste du terrorisme, il m’arrive encore parfois, de temps à autres, d’écouter une radio particulièrement subversive et engagée ; vous l’aurez toutes et tous compris, il s’agit bien évidemment de Radio-Nostalgie  : dimanche 1er juin : " Si le jeune garçon retrouvé flottant sur le lac d’Apremont (Vendée) n’a pas été réclamé par sa mère, c’est probablement parcequ’elle a été découverte morte à son domicile ". Etonnant non ? Et le lundi 2 juin, je ne sais pourquoi, l’envie me gagne de parcourir Le Parisien. Heureuse initiative, car un des titres est particulièrement alléchant : " L’actrice Tatum O’Neal arrêtée en train d’acheter de la drogue ". Mais au fait me demanderez vous perfidement : " Qui est donc cette Tatum O’Neal que vous semblez tant apprécier ? Bonne question. Tout simplement la fille de Ryan O’Neal (Love story - Barry Lindon) et l’ex-femme du champion de tennis John Mc-Enroe. Ça tombe bien nous sommes en plein Roland-Garros. Bref en la fouillant, les polciers ont découvert de la cocaïne, une pipe à crack, et bien-sûr du crack. Pas de soucis pour elle, vu l’état de son compte en banque, elle ne risque pas... le crack boursier. Facile, d’accord, mais j’aime bien.

Et puisque pour finir les actrices semblent vouloir se distinguer, en voilà une qui poursuit dans le subtil et le délicat, l’incontournable B.B ( Brigitte Barjot). C’est France-Bleue, qui avec toute la vénération dûe à la star, nous compte sa derniére et triste bévue : " Nouvelle condamnation de Brigitte Bardot pour propos racistes ". C’est en effet la cinquième fois en 11 ans que l’ex actrice est condamnée pour incitation à la haine raciale. Elle a cette fois-ci été condamnée (15 000 € d’amende) pour une lettre écrite en 2006 à Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur. Par le biais de cette lettre elle demandait que les moutons tués lors de l’Aïd El-Kébir soient étourdis avant d’être saignés, puis ajoutait un post-scriptum : " Il y en a marre d’être menés par le bout du nez par toute cette population qui nous détruit, détruit notre pays en imposant ses actes ". Dont acte, justement.
Pas toujours facile de vieillir, n’est-ce pas ? Je fais bien-entendu allusion au vieillissement intellectuel.



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  • ATTENTION COLIS PIEGES !
    Commentaire déposé le 24 mars 2010 par nike jordan

    Glissons jusqu’au lendemain, le jeudi 29, avec Libé, qui n’est guère un adepte de la formule toute faite, et nous livre un magnifique tableau de maître représentant la bêtise humaine dans sa quasi intégralité







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